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Université : entre la crise de 2009 et les échéances de 2010
Pour comprendre ce qui s’est passé dans les Universités depuis janvier, il suffit d’une date : le 22 Janvier. Deux mois avant cette date, toute l’Université, professeurs, autres personnels, étudiants, intellectuels, tous courants d’opinion confondus, avait lancé avertissement sur avertissement : si les projets du gouvernement sont maintenus, s’ils ne sont pas retirés et les réformes nécessaires mises à plat et concertées, nous allons au devant d’un affrontement sans précédent. La très respectable Conférence des Présidents d’Universités a demandé dans « Le Monde » le retrait des décrets réformant les statuts des enseignants-chercheurs, la préparation et le recrutement des enseignants des écoles, lycées et collèges. Ce 22 janvier, devant un parterre qu’il veut impressionner, Nicolas Sarkozy prononce le discours le plus violent et le plus méprisant de sa carrière, déjà chargée, contre l’Université et les universitaires. « J’ai vu de la lumière ». Sarkozy a « pris » l’Université comme Thatcher avait pris les mineurs anglais : pour l’exemple.
Pour comprendre, on peut aussi se souvenir que l’objectif commun affiché par la « gouvernance » française et la Commission de Bruxelles est de diviser par dix le nombre d’Universités dans le pays et dans les mêmes proportions le nombre d’étudiants. De savoir que depuis l’arrivée de Sarkozy à l’Elysée nous sommes soûlés de décrets (les décrets sont des lois non soumises au Parlement) tous aussi mortifères les uns que les autres pour le service public d’enseignement supérieur et de recherche. Après des mises en garde unanimes, la grève est apparue comme le seul moyen de faire entendre la voix des universitaires et d’en appeler à un débat public démocratique sur la crise majeure que connaît notre système, et les remèdes à y apporter. Les Ministres Darcos et Pécresse portent l’entière responsabilité, non seulement d’un second semestre sinistré, mais de la poursuite de la crise, puisqu’aucune solution sérieuse et concertée n’est apportée. La misère des établissements, le malaise collégial, la pauvreté étudiante sont de nouveau là en septembre. Les universitaires, personnels et étudiants, sont prêts à s’investir dans la reconstruction de l’Université, notamment par des Etats-Généraux dignes de ce nom, c’est-à-dire auto-organisés et ne se laissant pas dévoyer, comme l’ont été les Etats-Généraux de la Recherche ou le Grenelle de l’Environnement. Seulement, pour y croire, pour y mettre leur énergie, ils ont aujourd’hui besoin de signaux politiques. Le Parti Socialiste a observé un silence consternant tout au long de ce semestre, hormis quelques gesticulations au Parlement. Les Conseils Régionaux et leurs Présidents, pourtant en première ligne quand on attaque, comme c’est le cas aujourd’hui en Franche-Comté, les fondations mêmes de l’enseignement supérieur en région, sont restés muets ou presque face à des Recteurs se multipliant dans les medias sur la ligne gouvernementale. Silence consternant, mais moins étonnant qu’il n’y paraît, quand on sait, comme toute la communauté universitaire le sait désormais, que la loi « Liberté et Responsabilité des Universités », la « LRU », a été préparée avec les experts du PS dès l’an 2000 sous le gouvernement Jospin. Quand on sait que les socialistes ont soutenu sans faille les pires excès normalisateurs du processus de Bologne.
Aujourd’hui, à la veille des élections régionales, il faut réaffirmer une vérité simple : sans Université omni disciplinaire, une région n’a pas de réalité pour ses citoyens. C’est dans ce cadre intangible qu’il convient d’aborder la perspective, sans doute porteuse d’améliorations et en ce sens nécessaire, de la mise en commun d’objectifs et de moyens avec l’Université de Bourgogne. Mais pour ceux qui prétendent à accéder au Conseil Régional et à l’exécutif en Franche-Comté, la priorité est d’affirmer la pérennité de l’Université de Franche-Comté, et de soutenir son développement équilibré, sur 2 axes au moins : renforcement des appuis financiers et patrimoniaux sans subordination aux seules priorités de l’industrie privée, mise en place d’une aide matérielle systématique aux étudiants franc-comtois : politique de logement, gratuité des transports, allocations élargies en concertation avec les conseils généraux (transformation des prêts en bourses). Une région comme la nôtre ne peut se réfugier strictement derrière l’argument des compétences attribuées par la loi Deferre pour nier ses responsabilités en matière d’Enseignement Supérieur et de Recherche et se limiter à prioriser certains thèmes de recherche appliquée. Ce serait faire le lit de la droite qui n’a, elle, aucun scrupule à affirmer sa vision de l’Université, l’orientation sélective des crédits et le recours au privé qui vont avec. Certes il faut aussi que la gauche soit capable de « re-nationaliser » l’Université française, voire d’affirmer une politique européenne libérée de la sacro-sainte compétition inter établissements et inter régions. Mais elle doit aussi répondre aux défis de l’heure, si elle veut (re)construire une dynamique citoyenne et populaire, et en l’occurrence aussi remobiliser les communautés universitaires, frappées aujourd’hui par le marasme, le sentiment d’abandon et l’absence de perspectives de confrontation politique authentique.
29 octobre 2009 Jean-Marie Viprey enseignant-chercheur, professeur à l’Université de Franche-Comté (lettres et sciences humaines) |